Le compteur Linky est un appareil de mesure. Il enregistre la consommation électrique et surveille en temps réel la puissance appelée par le logement. Une pompe à chaleur (PAC) électrique sollicite le réseau avec une intensité variable selon la température extérieure, le cycle de dégivrage et les équipements qui fonctionnent simultanément.
La compatibilité entre le compteur Linky et une pompe à chaleur ne dépend pas du compteur lui-même. Elle repose sur la puissance souscrite dans le contrat d’électricité et sur la capacité du tableau électrique en amont.
Puissance électrique réelle d’une pompe à chaleur : ce que Linky mesure
Une PAC air/eau destinée à une maison de surface moyenne absorbe en fonctionnement normal entre 1 000 et 3 000 W de puissance électrique. Pour une grande maison ou un modèle puissant, cette valeur peut atteindre 4 000 W. Ces chiffres correspondent à la puissance électrique absorbée, pas à la puissance thermique restituée : grâce à son coefficient de performance, la PAC produit plusieurs kilowattheures de chaleur pour chaque kilowattheure d’électricité consommé.
Le compteur Linky ne limite pas la puissance disponible dans le logement. Il mesure la puissance instantanée appelée et la compare à la puissance souscrite (exprimée en kVA). Si la somme de tous les appareils en fonctionnement dépasse ce seuil, Linky interrompt l’alimentation. C’est un comportement plus strict que celui des anciens disjoncteurs de branchement, qui toléraient parfois de légers dépassements pendant quelques minutes.
Le piège du cumul de puissance
La PAC seule dépasse rarement la puissance souscrite. Le problème survient quand elle fonctionne en même temps que d’autres gros consommateurs : ballon d’eau chaude (environ 2 000 W), four (environ 2 000 W), plaques de cuisson, sèche-linge. C’est le cumul des appareils qui provoque la coupure, pas la PAC isolément.
Avec un abonnement à 6 kVA, la marge disponible pour le reste du logement est très réduite dès que la PAC tourne. Un abonnement à 9 kVA couvre la majorité des installations domestiques avec PAC. Le passage à 12 kVA devient pertinent quand le logement dispose aussi d’une borne de recharge pour véhicule électrique ou d’un chauffage d’appoint électrique intégré à la PAC.

Compteur Linky et coupures après installation : les causes techniques
Des témoignages d’utilisateurs signalent des pannes ou des coupures répétées après le remplacement d’un ancien compteur par un Linky, alors que la PAC fonctionnait sans problème auparavant. Deux causes techniques expliquent la quasi-totalité de ces situations.
Surveillance électronique plus stricte de la puissance souscrite
Les anciens compteurs électromécaniques, associés à un disjoncteur de branchement réglable, pouvaient laisser passer des dépassements de puissance temporaires. Un abonnement à 9 kVA avec un ancien disjoncteur pouvait tolérer un pic à 10 kVA pendant le démarrage de la PAC. Linky coupe plus rapidement en cas de dépassement, car la mesure est électronique et la tolérance calibrée de façon précise.
Si la PAC « passait » avant, ce n’est pas qu’elle consommait moins : c’est que l’ancien compteur était plus permissif. La solution consiste alors à augmenter la puissance souscrite, ce qui modifie le montant de l’abonnement mensuel.
Signal heures creuses et pilotage du chauffe-eau
Le compteur Linky gère le contact d’asservissement qui commande le démarrage du chauffe-eau en heures creuses. Une anomalie de câblage lors de la pose du Linky, un relais défaillant ou un problème de signal peut empêcher le ballon de se déclencher correctement. Le chauffe-eau démarre alors en heures pleines, en même temps que la PAC et les autres appareils, ce qui fait sauter le compteur.
Ce dysfonctionnement n’a rien à voir avec une incompatibilité entre Linky et la pompe à chaleur. Il relève d’un défaut d’installation que le technicien Enedis ou l’électricien peut corriger.
Quelle puissance de compteur choisir avec une pompe à chaleur
Le choix entre 6, 9 ou 12 kVA dépend de trois paramètres : la puissance électrique absorbée par la PAC, les autres équipements du logement, et le type de tarification souhaité (base ou heures pleines/heures creuses).
- 6 kVA : peut suffire pour un appartement ou une petite maison bien isolée équipée d’une PAC de faible puissance, à condition de limiter le fonctionnement simultané des gros appareils. C’est un choix risqué si le logement dispose d’un ballon d’eau chaude électrique.
- 9 kVA : la puissance la plus courante pour une maison avec PAC. Elle laisse une marge suffisante pour faire tourner la PAC, le chauffe-eau et un ou deux appareils électroménagers en même temps. C’est le palier recommandé dans la majorité des cas.
- 12 kVA : nécessaire quand la PAC intègre une résistance électrique d’appoint (qui peut ajouter 2 000 à 3 000 W de consommation lors des grands froids) ou quand le foyer possède une borne de recharge, des radiateurs électriques en complément ou une superficie importante.
En tarification heures pleines/heures creuses, le chauffe-eau se déclenche automatiquement la nuit. Si ce pilotage fonctionne correctement, le risque de cumul de puissance diminue. En tarif base, tous les appareils peuvent fonctionner simultanément à n’importe quelle heure, ce qui augmente le besoin en puissance souscrite.

Changement de puissance souscrite : démarche, délais et coût
Modifier la puissance souscrite est une opération simple avec un compteur Linky. Contrairement aux anciens compteurs qui nécessitaient le déplacement d’un technicien pour changer le réglage du disjoncteur, Linky permet un changement de puissance à distance en moins de 24 heures.
Comment demander le changement
La demande se fait auprès du fournisseur d’électricité (pas directement auprès d’Enedis). Le fournisseur transmet la demande à Enedis, qui modifie le paramétrage du compteur à distance. Aucune intervention physique n’est nécessaire dans la grande majorité des cas.
Coût du changement de puissance
Le changement de puissance lui-même est facturé par Enedis. Le tarif dépend de la grille tarifaire en vigueur. L’impact principal se situe sur le montant de l’abonnement mensuel : passer de 6 à 9 kVA ou de 9 à 12 kVA augmente la part fixe de la facture de quelques euros par mois. Le surcoût annuel reste modeste comparé au risque de coupures répétées qui endommagent la carte électronique de la PAC.
Tableau électrique et disjoncteur : la vérification que Linky ne remplace pas
Le compteur Linky se situe en amont du tableau électrique. Même avec une puissance souscrite correctement dimensionnée, le tableau électrique du logement doit être conforme à la norme NF C 15-100 pour accueillir une pompe à chaleur.
Les points à vérifier avant l’installation de la PAC :
- Présence d’un interrupteur différentiel 30 mA dédié au circuit de la PAC, pour protéger contre les fuites de courant.
- Disjoncteur divisionnaire calibré selon la puissance de la PAC (le calibre est défini par l’installateur en fonction du modèle).
- Mise à la terre effective de l’installation, vérifiable avec un ohmmètre ou par un électricien.
- Section de câble adaptée entre le tableau et l’unité intérieure de la PAC, pour éviter les échauffements.
Un compteur Linky correctement paramétré ne protège pas contre un tableau électrique vétuste. Si le logement dispose d’un ancien tableau sans différentiel adapté, l’installateur de la PAC doit prévoir une mise en conformité. Ce poste représente un coût supplémentaire à intégrer au budget global du projet.
Monophasé ou triphasé
La plupart des maisons individuelles sont raccordées en monophasé. Les PAC domestiques fonctionnent en monophasé jusqu’à des puissances significatives. Le triphasé devient pertinent pour des installations de forte puissance ou quand le logement dispose déjà d’un raccordement triphasé. Passer du monophasé au triphasé implique une intervention d’Enedis sur le branchement, avec des délais plus longs et un coût nettement supérieur à un simple changement de puissance.
Le compteur Linky est compatible avec les deux configurations. La question du mono ou triphasé se pose en amont, lors du dimensionnement de la PAC par l’installateur.
Le compteur Linky ne constitue pas un obstacle à l’installation d’une pompe à chaleur. Les coupures observées après pose d’un Linky s’expliquent par une puissance souscrite insuffisante ou un défaut sur le contact heures creuses, deux problèmes corrigeables.
L’étape déterminante reste le dimensionnement correct de la puissance souscrite et la conformité du tableau électrique. Pour vérifier la compatibilité de votre installation et obtenir un chiffrage adapté à votre logement, remplissez le formulaire de demande de devis ci-dessous.

